En classe de neige à La Clusaz pour le Radio Meuh Circus Festival 2018

Vendredi : “deux Hot Diot et 2 frites s’il vous plaît”

Gare de Lyon un vendredi matin avant la grève, le calme avant la tempête. Pour nous, c’est une joie de quitter Paris et d’aller humer l’air de la montagne le temps d’un week-end. Aldo et moi écoutons la web radio créée par Philippe Thévenet (Philou) depuis quelques années mais n’avions jamais eu l’occasion de nous rendre au festival, ce sera désormais chose faite grâce à cette 6ème édition. La programmation est alléchante, mais c’est surtout l’ambiance et le cadre qui nous ont mis l’eau à la bouche. On nous en a beaucoup parlé, Laurent Garnier serait même un habitué, il fallait le vérifier.

14h30, arrivée gare d’Annecy, Arnaud notre runner nous attend de pied ferme dans sa camionnette maquillée aux couleurs du festival. La quarantaine, casquette vissée sur la tête, voix rauque et assurée, Arnaud est un habitué puisqu’il a participé à la création du festival. Il nous parle de l’adn et de l’âme du Radio Meuh Circus, de son succès croissant mais également de la volonté des organisateurs dele garder à taille humaine, à la Clusaz, village d’origine de Philou et de la plupart des bénévoles. Il nous explique que les artistes, surtout les étrangers, sont à chaque fois émerveillés lorsqu’ils découvrent les montagnes françaises de Haute-Savoie. Ce fût le cas quelques heures plus tôt avec Hannah Williams and The Affirmations, groupe originaire de Bristol qu’il venait de récupérer à Genève. Il nous raconte les aventures de la veille avec notamment le Camion Bazar qui aurait mis le feu à “La Grenette”. On a hâte !

16h30, arrivée à la Clusaz, nous sommes accueillis par Damien de la SEML (société des activités touristiques de la Clusaz)  qui sera notre “guide” pour le week-end, ainsi que Karene qui travaille pour Radio Meuh.  Nous marquons un stop rapide à l’hôtel puis nous nous pressons de rejoindre le restaurant La Scierie qui accueille la scène OFF comme plusieurs autres lieux emblématiques du Village. Nous retrouvons les premiers festivaliers ainsi que notre pote Ethyène débutant son set. On prend nos marques assez rapidement, on se sent un peu comme à la maison si l’on fait abstraction de la neige, des moon boots après-ski (il parait que l’on peut se faire tirer dessus si l’on porte des moon boots en Haute-Savoie), des gens souriants et des chalets en bois. Je croise un groupe de quadra venant de suisse venu là pour le week-end. Ce sont des habitués, ils m’expliquent apprécier ce festival pour sa simplicité, la qualité de ses artistes et encore une fois l’ambiance qui en émane. Une chose est sûre, le public est plutôt trentenaire voir quarantenaire, ce qui nous va bien. Une partie de babyfoot et 2 bières plus tard, nous faisons de nouveau une halte à l’hôtel avant de retrouver le site principal pour la première soirée.

Ethyène sur la scène OFF de La Scierie © Aldo Paredes

Le lieu ressemble effectivement à un cirque avec en face de nous un chapiteau sous lequel se déroulent les concerts des têtes d’affiche. A notre gauche deux bars sous des toiles cirées, à droite La Coznapetit snack local aux spécialités gourmandes, une pensée émue pour le “Hot Diot”, hot dog version savoyarde vous l’aurez deviné. Les Black Lilys ont la tâche délicate d’ouvrir le bal. Ce soir là il fait froid, la neige s’agglutine sur le chapiteau et menace le bon déroulé des opérations. C’est sans compter sur la fougue des bénévoles qui parviennent à mettre un terme à cette menace. Le duo frère et soeur lyonnais qui sortait le jour même son nouvel album Boxes nous prend par la main et nous emmène dans son univers feutré. La voix cassée de Camille résonne sur les guitares atmosphériques de Romain. On a envie de passer la soirée avec eux au coin d’un feu de cheminée. Nous les retrouvons après leur concert dans leurs loges et on doit avouer qu’on était un peu gêné de les embarquer sous la neige pour un shooting improvisé. Enfin, je l’étais, car Aldo lui a pris un malin plaisir.

Le site principal du Radio Meuh Circus © Aldo Paredes
Black © Aldo Paredes

Puis vint la grosse claque de la soirée : Hannah Williams & The Affirmations dont nous parlait Arnaud un peu plus tôt dans la journée. Je vais essayer de peser mes mots et de ne pas être dans l’excès, mais je crois sincèrement que je n’avais pas entendu une femme chanter aussi bien de la soul depuis Amy Whinehouse. La voix de la chanteuse anglaise fait l’unanimité et on est tous scotchés. Le groupe qui l’accompagne, The Affirmations est également, incroyable. Batteur, guitariste, claviériste, bassiste et choristes, il n’y en a pas un qui n’impressionne pas par sa virtuosité. Nous croisons Hannah Williams et son sourire en back stage, elle nous envoie deux trois blagues teintées de son accent anglais à couper au couteau. Si l’occasion se présente à vous, foncez les voir sur scène.

Hannah Williams & The Affirmations © Aldo Paredes
Hannah Williams © Aldo Paredes

Nous tombons ensuite sur Charles et Flore de l’Impératrice que nous avions rencontré l’année dernière festival We Love Green, quelques minutes avant leur entrée sur scène. A l’époque, ils étaient en plein enregistrement de leur album Matahari sorti depuis début mars. Nous sentons que le groupe a pris de l’élan et de la confiance sur scène. Beaucoup de groove mêlé à de subtiles touches de nappes électroniques. La voix de Flore est toujours impeccable, ça fonctionne. Le groupe se permet même un rappel avec une reprise d’Ella elle l’a et la foule chante à l’unisson.

radio-meuh-circus-festival-2018-14
L’Impératrice © Aldo Paredes
Flore de l’Impératrice © Aldo Paredes

Entre temps nous avions rejoint notre ami Folamour que l’on n’avait pas revu depuis plusieurs mois et son ascension fulgurante. Nous l’avons connu à ses tous débuts à Lyon et c’est une joie de le retrouver aujourd’hui. Ce soir, S3A et lui s’occupent de boucler la soirée à l’aide un back to back bien huilé. La soirée décolle et le chapiteau se transforme en un joyeux club de montagne. On a oublié le froid mais nous restons sages et rentrons assez tôt pour éviter de remettre en question le programme de du lendemain qui s’annonce sportif.

Folamour © Aldo Paredes
S3A © Aldo Paredes

Samedi : “je t’avais dis qu’il ne fallait pas prendre de piste rouge putain”

Levés 8h, 9h30 sur les pistes. Lorsque nous avons vu les éclaircies nous n’avons pas hésité une seconde pour découvrir le beau domaine skiable de La Clusaz. Aldo skiait pour la 4ème fois de sa vie et je suis assez ému d’avoir vécu ces instants précieux d’agacement ponctués de “Mierdaaaaa ! Coño ! Je t’avais dis de ne pas prendre de piste rouge !”. 3h30 de bonheur plus tard, nous rejoignons Damien et nos confrères journalistes dans un traditionnel restaurant savoyard : La Ferme. S’en suit une série de plats typiques à base de reblochon, de pommes de terre sous toutes formes possibles, de charcuterie et autres viandes à griller. Bilan : trois heures de digestion et une sieste réparatrice indispensable.

Nous sommes d’attaque pour la deuxième soirée, déterminés cette fois à fermer le chapiteau derrière nous. Au programme ce soir : Doctor Flake, Romare, Tshegue et Razor’n’tape. Après quelques bières, nous rejoignons le devant de la fosse pour le live de Romare. L’anglais est accompagné de deux musiciens ce qui apporte à son set electro/groove une énergie particulièrement efficace. C’est décidé, ce soir on se laisse aller et les centaines de festivaliers autour de nous semblent être du même avis. Tshegue que l’on avait découvert à We Love Green 2017 s’empare de la scène. Les sonorités afro-punk embrasent littéralement la foule, la soirée est définitivement lancée. Il est près d’une heure du mat’ lorsque le duo new-yorkais Razor’n’Tape prend le contrôle des platines pour diffuser leur set encore une fois groovy/disco jusqu’à la fin de la nuit. On retiendra notamment cet edit divin de Long Train Raining joué au peak time.

4 heures du matin, nous rentrons à l’hôtel presque frustrés de ne pas voir la soirée se prolonger après avoir dansé durant près de 6 heures.

Razor’n’tape © Aldo Paredes

 

Dimanche : “Tu penses qu’on peut rester combien de temps dans un sauna ?”

Nous profitons de notre dernier jour et de nos courbatures durement gagnées pour profiter de l’espace aquatique de La Clusaz. Autant vous dire que la piscine municipale ressemble aucunement à celles que nous pouvons pratiquer dans notre chère capitale. Ouverte et offrant une vue imprenable sur les pistes, on se dit que l’on n’a jamais autant apprécié un lendemain de soirée.

Piscine avec vue @ La Clusaz © Aldo Paredes

Nous engloutissons une dernière raclette afin de “prendre des forces” pour le retour puis rejoignons Arnaud, nos confrères de Tsugi, Trax et Gonzai, ainsi Lord Funk pour un dernier run vers la gare d’Annecy. Nous manquons malheureusement la dernière soirée qui promettait un final palpitant grâce à la présence de Danitsa, Da Break, BCUC, Detroit Swindle. 

Nous bouclons donc ce week-end le sourire aux lèvres, étonnement reposés et heureux d’attester qu’il existe encore des festivals indépendants et à taille humaine qui n’ont rien à envier aux plus grands et ce grâce à la ténacité, entre autres, de personnages tel que Philippe Thevenet. On reviendra l’année prochaine.

Radio Meuh Circus Festival