Entretien avec Metronomy : perchés avec Joseph Mount

En attendant la sortie de l'album "Summer 08" le 1er juillet, rencontre avec Joseph Mount, compositeur, chanteur, claviériste et guitariste de Metronomy

Summer 08 » : maturité et grosse basse

« Summer 08 », c’est un album qui concilie des idées ayant germé dès 2008 puis évolué jusqu’à l’entrée en studio de Joseph Mount et son groupe en 2016. Un temps long qui a permis de retravailler leur musique, de donner à celle-ci un nouvel angle avant d’aboutir à une forme définitive et invariable. « L’idée de départ de l’album, c’était de parler de la première année où l’on est parti en tournée, de tout ce qui se passait à Londres et que j’ai raté », nous raconte Joseph Mount. « Pas mal de morceaux étaient déjà enregistrés depuis longtemps, et puis lorsque je n’étais pas en studio, j’y réfléchissais constamment, je prenais des notes. » Une composition hachée donc, dont il est venu à bout après en dealant avec ses responsabilités. « J’avançais beaucoup plus vite lorsque je n’avais pas à me soucier de ma vie de famille. J’étais coupé de tout ça, et ça faisait du bien. Heureusement, ma femme le comprend bien, j’ai beaucoup de chance ».
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C’est donc un album qui fait le pont entre une époque où le groupe n’était pas encore très populaire et une période de la vie du chanteur bouleversée par sa paternité. Ayant dépassé les préoccupations des débuts, Mount est aujourd’hui plus serein et évoque un album emprunt des responsabilités qu’il a ces jours-ci. Des idées fraîches plaquées avec maturité sur un album traversé par une basse reconnaissable entre mille. Lorsqu’on lui demande s’il compte lâcher cette sonorité, il nous répond : « Je jouais de la batterie à l’origine. Lorsque j’ai joué avec Gabriel [Stebbing, premier bassiste qui a quitté la formation depuis, ndlr], c’était le premier bassiste que je rencontrais. La base rythmique entre la basse et la batterie était vraiment impressionnante. J’ai trouvé que c’était le truc le plus cool de la chanson. J’ai aimé cette façon simple de jouer, la mélodie de la basse stabilise la chanson. Je ne réfléchis pas vraiment à ce que je fais avec le son de la basse (rires) ».

Collaborations et cheminement

S’il s’est pris un vent par Héloïse Letissier, la chanteuse de Christine and the Queens qui décline sa proposition de collaboration, il s’en remet en produisant un featuring avec Robyn. Le titre enregistré avec la chanteuse marque d’ailleurs une accalmie dans l’album, assez rock’n’roll jusque-là. Les quatre premières chansons au tempo rapide, souligné par une batterie efficace, font place à des vagues de clavier qui prennent le dessus sur le reste. Il faut bien noter que Robyn n’est pas la seule invitée de marque à prêter son talent à « Summer 08 ». On retrouve Victor de House de Raquette, Mix Master Mike des Beastie Boys qui scratch sur le premier single de l’album, “Old Skool”, ou encore Melody Prochet de Melody’s Echo Chamber qui prête son clavier pour une chanson envoûtante.

Si Metronomy a viré sur des sons plus dansants au fur et à mesure des enregistrements, ce nouvel album est plus calme, les paroles plus sensibles. Pourtant leur intention n’est pas de faire des chansons à texte. « Avec Metronomy, nous ne nous sommes pas mis ensemble pour faire du songwriting mais pour être un groupe et jouer sur scène », nous précise Mount. Néanmoins, le frontman du groupe reconnaît qu’il s’agit là d’un disque plus mature. « A nos débuts, j’étais anxieux du regard qu’on pouvait porter sur Metronomy, de notre célébrité. Aujourd’hui j’ai la chance d’être assez reconnu pour pouvoir enregistrer des choses plus personnelles de façon détendue. »

Si l’inspiration première remonte à 2008, le chemin effectué depuis par l’artiste nous pousse à nous questionner quant au processus créatif de Mount pour ce nouvel opus. « J’ai tout enregistré sur cet album. D’abord j’enregistre la batterie, puis j’ajoute des instruments. Certaines chansons ont pris plus de temps. [Une chanson passe, ndlr] Sur celle-ci par exemple, Melody [Prochet, ndlr] fait le clavier. Nous avions commencé à l’enregistrer il y a des mois à Paris pour son propre album. Et puis finalement je lui ai demandé si je pouvais la garder pour moi. (rires) »

L’industrie musicale à l’ère numérique

Lorsque nous évoquons la numérisation du marché de la musique, le leader du groupe rétorque qu’aujourd’hui, l’industrie de la musique est « compliquée ». « Il est nécessaire de faire comprendre qu’être artiste est un vrai métier. Enregistrer coûte beaucoup d’argent alors qu’actuellement, le seul moyen d’en faire rentrer c’est de faire des tournés. Plus personne n’achète de la musique. Si le système incite les artistes à produire en leur permettant de poster leurs sons, il est très difficile d’en tirer de l’argent, ce qui est pourtant nécessaire pour les encourager à continuer de travailler. Il faut trouver une solution. Et je suis sûr sur nous y arriverons ! »

Entre France et Angleterre

13382076_806122309524017_1999711859_nBien que Joseph Mount passe encore du temps en Angleterre, une large partie de sa vie se déroule dorénavant en France, aussi bien sur le plan personnel que professionnel, via ses collaborations. « J’adore ce pays », nous dit-il. On le taquine sur le fait que, malgré cette fidélité à la France vieille de cinq ans, l’interview se fasse en anglais. « Le plus grand de mes deux enfants parle anglais et français, le veinard ! Moi je parle un peu mais personne ne me comprend. Hier j’étais à Berlin, j’essaye de parler avec l’une des personnes de mon label [Because Music, ndlr] mais il n’a rien compris. Je disais pourtant un truc super simple ! (rires) voilà [en français, ndlr] ».

Ce brunch avec Joseph Mount nous a fait l’effet d’une rencontre avec un musicien relax, qui ne se comporte vraiment pas comme une star malgré le nombre de personnes prêtes à se déplacer pour le voir en concert. On fait quelques photos avec lui, et on comprend presque lorsqu’il nous dit « au revoir !» (on taquine). Il donnera peut-être la prochaine interview en français, qui sait ? On garde un super souvenir du leader de Metronomy tandis que les détails les plus savoureux de « Summer 08 », découverts quelques jours plus tôt en avant-première, se floutent fatalement dans notre mémoire. Vivement le mois de juillet, que l’on puisse se rafraîchir la mémoire !

Propos recueillis par Antony Milanesi (rédacteur en chef de GreenRoom) et Maxime Deshayes (Le Mauvais Coton)
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Un grand merci au label Because Music
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