Lumière 2016 – Jours 8 et 9 : Fin en fanfare

Le Festival Lumière s'est clôturé ce dimanche 16 octobre, sur de l'émotion, encore et toujours. Bilan d'un week-end riche et généreux.

 

Un samedi à Lyon

 

Sherlock Junior
Sherlock Junior

 

Samedi après-midi, Catherine Deneuve réalisait sa première œuvre, le remake du premier film de l’histoire du cinéma, La sortie des usines Lumière (1895), auquel chaque Prix Lumière participe depuis Quentin Tarantino en 2013. Comme le déclarera Thierry Frémaux avec humour, l’actrice est devenue la première personne à réaliser son premier film devant les usines Lumière depuis Louis Lumière lui-même ! Elle ne sera pas seule, puisque deux autres versions auront été réalisées dans la foulée par Park Chan-Wook et Costa-Gavras.

Au même moment, au Pathé Bellecour, étaient projetés deux ciné-concerts de Buster Keaton, Les Lois de l’hospitalité (1923) et Cadet d’eau douce (1928). Si les conditions de représentation étaient idéales, c’est un autre film de l’acteur-réalisateur casse-cou qui fut consacré, l’onirique et hilarant Sherlock Junior (1924), en remportant le concours des films classiques des lycéens. Un prix qui rappelle que le potentiel humoristique de Keaton touche encore toutes les générations.

 

Ikarie XB 1
Ikarie XB 1

 

C’est cependant la découverte d’un très beau film de science fiction tchéchoslovaque qui mérite largement d’être mentionnée, Ikarie XB-1 de Jindrich Polak. Diffusé au dernier Festival de Cannes dans la section « Classics », cette pépite de 1963 est un vrai joyau de tension paranoïaque, de burlesque anticipatif et de décors préfigurant le 2001, l’Odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick. Si le film comporte néanmoins une narration empêtrée dans une succession de scènes sans liant direct, il reste malgré tout essentiel par sa force figurative et ses trouvailles de réalisation.

 

Indochine mon amour

 

Dernier film français à avoir reçu l’Oscar du meilleur film étranger en 1993, Indochine était projeté lors de la cérémonie de clôture, devant les quelques invités restés présents : Pascal Thomas, Rebecca Zlotowski, Eric Lartigau et Marisa Paredes. L’occasion pour Régis Wargnier et Linh Dan Pham, la jeune actrice franco-vietnamienne y interprétant le rôle de la fille adoptive du personnage campé par Catherine Deneuve, de raconter leurs souvenirs de tournage. En bon chef de bande, Deneuve menait son équipe et la production par la baguette, les poussant à accélérer la mise en chantier du film, à prendre sous son aile la jeune Linh dont c’était le premier rôle, ou encore à organiser des fêtes le samedi soir avec pour thème obligatoire que chacun revête des costumes bleus, blancs ou rouges.

 

© Jules Roeser / Le Mauvais Coton
© Jules Roeser / Le Mauvais Coton

 

« On avait écrit Indochine pour Catherine. »

Régis Wargnier

« Merci Catherine, ma maman du cinéma. »

Linh Dan Pham

 

Après les habituels remerciements de Thierry Frémaux, dédiés aux innombrables partenaires, cinémas et bénévoles ayant rendu l’événement possible, Catherine Deneuve prend le micro et s’exprime sur « le plus bel hommage » qu’elle ait jamais reçu. A son habitude, le discours est bref mais pertinent, décrivant son état d’esprit comme « mélancolique et joyeux ».

Que faut-il comprendre de cette mélancolie ? N’est-ce pas au contraire un moment de joie, où même les larmes ne desservent que des sentiments positifs ? Permettons-nous un à-côté et remémorons-nous une scène belle et terrible des Chariots de feu de Hugh Hudson, Oscar du meilleur film en 1981. Inspiré de l’histoire vraie des coureurs Harold Abrahams et Eric Liddell, il nous conte leur préparation et leur participation aux Jeux Olympiques d’été de 1924 à Paris. Lorsque l’un des protagonistes gagne le 100m auquel tous ses efforts se concentrent depuis plusieurs années, on s’attend à le retrouver festoyant autour d’une coupe de champagne et entouré de ses coachs. A la place, il est seul dans un vestiaire sombre, la tête entre les genoux. Lorsqu’on lui demande d’expliquer cette réaction, il ne peut exprimer autre chose que la « douleur de gagner ». Comment continuer à vivre en sachant que l’on a obtenu notre vœu le plus cher ? Que peut-il y avoir après ? Comment le supporter et accepter qu’aucun événement par la suite ne nous rendra plus heureux qu’à l’instant présent ?

 

© Jules Roeser / Le Mauvais Coton
© Jules Roeser / Le Mauvais Coton

 

Cette profonde mélancolie, Catherine Deneuve l’a ressentie ce vendredi, lorsque lui fut décerné le Prix Lumière. « Je ne pourrai jamais revivre un instant pareil. C’est inoubliable ». Finalement, Thierry Frémaux a bien réussi à faire de son Prix un équivalent du Prix Nobel. Que peut-on obtenir de plus dès lors qu’une carrière entière a été récompensée ? Si le trophée n’est pas à considérer non plus comme un enterrement précoce, il vient sacraliser une star et la porter au firmament de son statut.

Dès lors, la manifestation est à peine finie que nos regards se portent déjà vers l’année prochaine. Lançons les paris. Votre humble auteur a le bon espoir de voir la consécration de Roman Polanski, Robert de Niro ou Dustin Hoffman, tant leur impact sur l’art cinématographique a été immense. Rendez-vous pris en 2017.

 

Toutes nos photos de la Séance de Clôture :

 

 

 


 

Festival Lumière
8e édition du samedi 8 au dimanche 16 octobre inclus dans les cinémas du Grand Lyon
Programme et billetterie sur www.festival-lumiere.org

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