Lumière 2016 : Catherine Deneuve, Buster Keaton, Gong Li & cie

Festival Lumière : 8e édition du samedi 8 au dimanche 16 octobre 2016 dans les cinémas de la Métropole lyonnaise

Le feu sous la glace

L’expression est celle qui lui colle à la peau depuis ses débuts, dans les années 1960, où Roman Polanski (Répulsion, 1966) ou Luis Buñuel (Belle de jour, 1967) lui offrent ses premiers grands rôles, ceux de femmes dont l’apparence automatiquement idéalisée masque les remous intérieurs, entre paranoïa et fantasmes indicibles. Star internationale à vingt ans à peine, avec les mythiques Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy récompensés d’une Palme d’Or à Cannes en 1963, Catherine Deneuve, née Dorléac, devient très tôt l’icône qu’elle n’a cessé d’être depuis, celle d’un cinéma de France et d’ailleurs, muse d’artistes farouchement indépendants comme de cinéastes populaires, figure engagée, depuis le Manifeste des 343 salopes jusqu’à la question des réfugiés. Le Festival Lumière la choisit évidemment comme première femme récipiendaire du Prix Lumière, sorte de Prix Nobel du cinéma déjà décerné à Clint Eastwood, Milos Forman, Gérard Depardieu, Ken Loach, Quentin Tarantino, Pedro Almodóvar et Martin Scorsese. Entorse est faite, pour la deuxième fois après Depardieu (qui avait tout de même réalisé Le Tartuffe en 1984!), à l’idée de saluer des cinéastes : lors de sa conférence de presse donnée à l’Institut Lumière, Thierry Frémaux se réjouissait que l’actrice accepte enfin un hommage, elle qui a refusé jusqu’aux présidences de jurys de festivals. Le Festival la célèbre “pour ce qu’elle est, ce qu’elle fait, ce qu’elle dit, ce qu’elle joue, ce qu’elle chante et ce qu’elle enchante depuis toujours et pour toujours”, dit joliment le communiqué officiel. Pudique sur sa vie privée, ce sont avant tout ses films – plus d’une centaine! – qui parlent pour elle, et dont on espère (re)découvrir le plus grand nombre à l’occasion de sa venue à Lyon en octobre.

Difficile de résumer un travail d’actrice si monumental à quelques mots. Après plus de cinquante ans de carrière, on n’arrête moins que jamais la Grande Catherine, qui enchaîne les tournages, récemment dans La Sage femme de Martin Provost au côté de Catherine Frot, bientôt dans Tout nous sépare de Thierry Klifa, entre Diane Kruger, Nicolas Duvauchelle et… le rappeur Nekfeu ! Pour mesurer sa grandeur encore intacte, on pourrait citer l’une de ses prestations récentes qui lui a valu sa 13e nomination au César de la meilleure actrice : dans La Tête haute d’Emmanuelle Bercot, il suffit de quelques minutes pour mettre de côté sa stature de star et apprécier pleinement celle, tout aussi impressionnante, qu’elle donne à son personnage de juge pour enfants. L’aura est là, le jeu n’est jamais démonstratif mais le ton n’a qu’à être subtilement modulé, les gestes fermement exécutés pour faire exister à l’écran un personnage comme une évidence, avec sa profession, les symboles qu’il charrie et l’intimité qu’il laisse entrevoir…

On pourrait encore se focaliser sur sa seule collaboration, depuis plus de trente ans, avec l’un de ses plus grands pygmalions, André Téchiné : Deneuve est toutes les femmes, apparition mystérieuse et magnifique dans Hôtel des Amériques (1981), veuve tentée par la passion aventureuse dans Le Lieu du crime (1986), amoureuse homosexuelle et borderline, d’une retenue bouleversante dans Les Voleurs (1996), fuyante et hantée dans Les Temps qui changent (2004), mère inquiète et protectrice dans La Fille du RER (2008) ou puissante, manipulatrice et dépassée dans L’Homme qu’on aimait trop (2014), et elle atteint des sommets dans Ma Saison préférée (1993), bijou d’émotion rentrée sur l’amour sous toutes ses formes. Elle y incarne une notaire de province dont la vie conjugale monotone est chahutée par les retrouvailles avec son frère instable (Daniel Auteuil) tandis que se profile la mort de leur mère (Marthe Villalonga), le tout dans une variation ciselée et bouleversante sur la fragilité des êtres et la puissance de leurs liens.

Ma Saison préférée
Ma Saison préférée

Voilà un film, parmi tant d’autres, que l’on désire ardemment voir présenté à Lyon par Deneuve. Voguant à l’envi, avec élégance et intensité, de la France à l’Amérique (Terence Young, Tony Scott, Robert Aldrich) en passant par plusieurs pays d’Europe (Luis Buñuel, Manoel de Oliveira, Raoul Ruiz, Marco Ferreri, Dino Risi, Mario Monicelli, Lars von Trier), sa carrière offre de multiples possibilités de programmation. Sans parler de la carte blanche qu’ont assurée Tarantino, Almodóvar et Scorsese, et qu’on est infiniment curieux de voir livrer par l’actrice…
 

Le Grand huit

Choix des programmateurs ou réjouissance collatérale de l’ampleur de la filmographie de Deneuve : elle a joué dans plusieurs films scénarisés par Jean-Loup Dabadie, notamment sa toute première apparition dans le film à sketches Les Parisiennes (1962) ou plus tard dans Le Sauvage (1975), modèle de comédie élégante et irrésistible que son réalisateur Jean-Paul Rappeneau était déjà venu présenter au Festival. Belle idée que de rendre hommage, en sa présence, à un scénariste tel que Dabadie, qui se cache derrière de nombreux films à la fois exigeants et populaires, tels que ceux, exemplairement, de Claude Sautet, à l’honneur lors de l’édition 2014. D’autres hommages seront rendus, au mythique auteur de polars Jim Harrison, grand amateur de cinéma et récemment disparu, à la réalisatrice Dorothy Arzner, l’une des seules de l’Hollywood classique, au réalisateur de films musclés Walter Hill, à l’acteur américain Eddie Constantine, acteur américain dont la filmographie étonnante passait du “cinéma de papa” français à la modernité allemande d’un Fassbinder. La star chinoise Gong Li, sera l’une des apparitions glamour de cette 8e édition, recevant l’année de ses cinquante ans un hommage pour l’une des carrières d’actrice les plus belles du cinéma asiatique contemporain, largement due à son cinéaste fétiche Zhang Yimou, qui la révélait déjà bouleversante dans son premier film Le Sorgho rouge (1987).

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Voilà pour les versants les plus contemporains d’une programmation qui s’assure à chaque édition un solide socle classique, profitant de son écho et de son impact inouï sur le public (152 000 tickets vendus en 2015!) pour renouveler le public de maîtres tels que Buster Keaton, Marcel Carné ou James Whale , l’un des réalisateurs phares attendus pour la rétrospective dédiée au films de monstres des studios Universal. En espérant quelques pépites difficiles à trouver jusqu’à aujourd’hui (fort de ses huit ans d’ancienneté, le Festival en vient aujourd’hui à susciter des travaux de restauration), on ne se lasserait pas de revoir les irrésistibles Fiancées en folie (1925), Le Mécano de la Générale (1926), l’hallucinant Cameraman (1928), les beaux Quai des brumes, Le Jour se lève (1939), Les Enfants du Paradis (1945), Frankenstein (1931) ou L’Homme invisible (1933).

A noter également, le bijou Le Génat de fer de Brad Bird (1999) projeté le mercredi 12 octobre à la Halle Tony Garnier (billetterie en ligne), une Nuit “bande de potes”, des Bronzés font du ski à Very Bad Trip le samedi 15 octobre au même endroit (billetterie en ligne), une histoire des format du cinéma qui fera écho à une grande exposition à la Cinémathèque française de Paris ou encore des projections présentées par le grand Bertrand Tavernier, autour de la sortie de son documentaire-fleuve Voyage à travers le cinéma français, longuement annoncé, présenté au même Festival Lumière puis découvert cette année au Festival de Cannes et enfin visible partout en France durant cette 8e édition, à partir du 12 octobre ! Ou comment l’un des plus célèbres arpenteurs de l’histoire du cinéma n’oublie jamais, au terme d’incessants voyages cinéphiliques, de revenir aux origines, les siennes et celle de son art, à Lyon. Où l’on embarquera avec délice, pendant une dizaine de jours, à bord d’un Grand huit, celui du cinéma dans tous ses états !
 


Festival Lumière – 8e édition
Samedi 8 – Dimanche 16 octobre 2016
Dans les cinémas et d’autres lieux de la Métropole lyonnaise

Infos et billetterie sur www.festival-lumiere.org
Séance jeune public et Nuit Bande de potes déjà en vente
Soirée d’ouverture (samedi 8 octobre à la Halle Tony Garnier, programme à venir) en vente à partir du vendredi 1er juilet

Programme détaillé disponible fin août

Retrouvez nos comptes-rendus des précédentes éditions du Festival Lumière :
2015 : Martin Scorsese, Jean-Paul Belmondo, Sophia Loren, Vincent Lindon, Mads Mikkelsen, Nicolas Winding Refn, rétro Akira Kurosawa, etc.
2014 : Pedro Almodóvar, Faye Dunaway, Xavier Dolan, Keanu Reeves, Michel Legrand, Ted Kotcheff, rétro Claude Sautet, etc.
2013 : Quentin Tarantino, Jean-Paul Belmondo, Max von Sydow, Tim Roth, rétros Ingmar Bergman et Hal Ashby, etc.

Photos de Catherine Deneuve : © Patrick Swirc / Noos