Lumière 2016 – Jour 2 : Agnès Varda et Bertrand Tavernier, compagnons de retour

Retour sur la journée du dimanche 9 octobre au Festival Lumière (8-16 octobre 2016 à Lyon)

Agnès Varda, cinéaste et photographe

 

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C’est à la Galerie Lumière, 3 rue de l’Arbre sec, dans le premier arrondissement lyonnais, qu’Agnès Varda est venue présenter son exposition photographique. Si la cinéaste est tout particulièrement connue pour ses travaux filmiques, montrés courant septembre à l’Institut Lumière, son œuvre argentique est par là même une bien belle découverte. Ainsi, l’on reconnaîtra avec plaisir, parmi les nombreux portraits affichés, ceux de Harrison Ford, Luchino Visconti, Anna Karina ou encore son défunt compagnon, Jacques Demy. Parfaitement composés, ces portraits proposent au public d’entrevoir l’homme derrière la star, tout en prolongeant l’aura particulière qui émane de celui-ci. On trouvera également deux autres séries, une sobrement intitulée « Des gens qui marchent » et dont le titre résume bien la volonté de mouvement recherché dans le plan fixe, ainsi que « Instants capturés ».

Cette dernière série est bien la plus intéressante du lot, à la fois dans la démarche et le traitement final. Lorsque Agnès Varda réalise Sans toit ni loi en 1985, elle propose une scène perturbante et inhabituellement violente dans son cinéma, consacrée aux « paillasses » du village de Cournonterrai. Sandrine Bonnaire est alors attrapée par des hommes déguisés en monstres de pailles et se fait barbouiller le visage et le corps de lie de vin. L’ingénieuse idée de la cinéaste est de sélectionner des photogrammes de cette scène pour en tirer un patchwork de couleurs, pris dans le flou du mouvement stoppé net. Ces images possèdent dès lors plusieurs propriétés, en devenant à la fois du cinéma, de la photo et de la peinture. Des œuvres qui, à l’image de ses films, échappent à toute classification et ont valeur d’essai poétique sur le média questionné.

 

Tavernier, cinéaste et passeur

 

Bertrand Tavernier lors de l'Ouverture du Festival, samedi 8 octobre à la Halle Tony Garnier
Bertrand Tavernier lors de l’Ouverture du Festival, samedi 8 octobre à la Halle Tony Garnier

 

En salles ce mercredi 12 octobre, Voyage à travers le cinéma français, le documentaire fleuve de Bertrand Tavernier, se devait d’être pleinement intégré à la programmation du Festival Lumière. En effet, le cinéaste préside la manifestation aussi bien que l’Institut Lumière de Lyon, sa ville d’origine, et y avait présenté plusieurs étapes de ce vaste travail : une master class il y a deux ans (lire notre article) et, depuis, de nombreux films de patrimoine français, plus ou moins rares. Le travail colossal qu’il livre aujourd’hui, tel un cadeau inestimable offert à la postérité, Tavernier le définit comme « un acte de gratitude envers tous ceux, cinéastes, scénaristes, acteurs et musiciens qui ont surgi dans ma vie. La mémoire réchauffe : ce film, c’est un peu de charbon pour les nuits d’hiver ».

A la recherche du cinéma perdu, Bertrand Tavernier s’est lancé il y a quelques années dans une entreprise aussi chronophage que nécessaire : redécouvrir ces œuvres oubliées de la filmographie de nombreux cinéastes français prolifiques, des années 1930 à 1960. Qui aujourd’hui mieux que Tavernier aurait pu parler avec autant de verve du cinéma du passé pour le placer au présent, en mêlant l’essentiel enjeu de la restauration ? C’est ainsi un ensemble d’histoires personnelles, d’anecdotes étonnantes, de souvenirs encore clairs et détaillés, de réflexions cinéphiliques que nous propose ce conteur généreux, attachant et envoûtant que l’on pourrait écouter au-delà de ces trois heures que l’on ne sent jamais passer. Des visages les plus connus aux plus oubliés, de ceux qui se sont illustrés sous la lumière (acteurs, metteurs en scène…) à ceux qui ont exercé dans l’ombre (compositeurs, techniciens, chefs opérateurs…), ce voyage viendra nous rappeler que le cinéma est avant tout un art collectif, pas moins que la cinéphilie d’ailleurs, qui s’enrichit autant de l’appétit de films que d’échanges et d’attention envers ces incontournables passeurs d’images.

 

 


 

Photos : © Jules Roeser / Le Mauvais Coton

Festival Lumière
8e édition du samedi 8 au dimanche 16 octobre inclus dans les cinémas du Grand Lyon
Programme et billetterie sur www.festival-lumiere.org

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