Basile di Manski, rêveur en solitaire

Entretien avec un autre larron du collectif Pain Surprises

 

La musique n’est pas son premier amour. Petit, il s’évade et conte sa mélancolie dans le dessin. Une discipline dont il me confie s’être lassée, en arrivant rapidement aux limites d’expression permises par son crayon. Ca ne sera pas le dessin !
Basile n’est pas bercé par la culture concert, le déclic de la scène lui vient lorsqu’il découvre à 25 ans, un spectacle inspiré du Cirque. La précision des représentations, la mécanique des voltiges, le rouage parfaitement ficelé des numéros et la précision du mime, l’inspire, le fascine à tel point qu’il retourne le voir une dizaine de fois. Au cirque rien n’est dit, tout est montré, seule l’interprétation compte. Une interprétation qui, lorsque l’on s’endort, laisse place à l’imagination débordante du rêve.

Le rêve, j’y reviendrai. Même s’il est clé. J’implore, pour quelques lignes encore, votre patience.
Vous êtes bouche bée, blasé(e) ou étonné(e)? Pensez à vos souvenirs d’enfance quand les spectacles de cirques vous éblouissez. Vous y êtes? Après le dessin vient la musique et ce deuxième sentiment : celui de se sentir puissant et de pouvoir créer. Ce sentiment que tout est envisageable, que de nouvelles possibilités complètement inconnues s’offrent à vous.

 

Cela fait un an que Basile a abandonné ses crayons pour  apprendre à jouer de la guitare. Très vite, il évite la répétition des classiques et leur préfère des tentatives de compositions personnelles, prématurées, mais déjà marquantes d’une forte obsession créative. Cet été-là, Basile a 13 ans et pendant un mois chez ses grands-parents, il s’enferme avec comme seules distractions sa « première guitare électrique, un ampli tout pourri et trois magazines de guitares très geeks, Guitare Part. » Chaque jour, il rêve qu’il est un peu plus créateur, chaque jour il réalise que le meilleur est à venir et peu à peu sa mélancolie s’évapore. Chaque partition jouée est une compétence gagnée, et un nouveau tiroir de possibilités qui s’offre à lui.

 

 

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Rêver, c’est continuer d’ouvrir de nouveaux tiroirs

Depuis Basile continue de rêver. Se balader dans ses rêves, « voir de magnifiques couchés de soleil pourpres, des jeunes femmes, des peintures… » l’inspire et développe sa créativité. Basile se confie  « mon oreille est loin d’être sur développée ». Et pour combler cette fragilité, il compte sur sa vue qu’il nourrit insatiablement pour travailler sans cesse sa créativité boulimique.

 

« J’ai une approche très visuelle de la musique. Ma musique est bleue et rouge. »

 

Sa démarche musicale est, selon lui, « toujours très personnelle » et souvent incontrôlée. En manque d’inspiration ces dernières semaines, il fait une pause et se plonge dans les documentaires de Loïc Prigent « Le jour d’avant » qui retracent toute la préparation des défilés haute couture de la fashion week parisienne. Le déclic est venu de Gianni Versace. Il se retrouve soudain obsédé par son univers, sa vie, ses convictions et ses créations. Ce mélange de mauvais goût rococo, d’Italie mafieuse, d’imprimés léopards, de fausses fourrures et de colonnes de marbre. Une scène tout droit sortie de GTA Vice City. Cette obsession l’amène alors à se plonger dans la vie de cette femme et de cette famille calabraise. Un nouveau tiroir s’ouvre. « Versace Vision » est née : sur un beat de rap californien, Basile rappe la vie de cette femme emblématique de la mode italienne.

Mais dépeindre la vie de Gianni ne lui suffit pas. Poussé par son label Pain Surprises, ils réalisent ensemble deux nouveaux clips aux univers visuels originaux et dissemblables. Le premier est une version live de son titre « The story of a magnificient blowjob », dans lequel Basile, tel un ange descend des nuages pour se retrouver dans la chambre d’une adolescente. La suite, vous la connaissez… Le deuxième est tout aussi audacieux, cette fois-ci pour « Water Resist » Basile se retrouve propulsé à l’intérieur de l’univers sans limites du dernier GTA, où la frontière du réelle, du rêve et de la fiction se confondent. Deux projets dont nous sommes impatients de voir le résultat.

 

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L’impatience, c’est démultiplier l’ouverture des tiroirs

Impatient, Basile l’est évidemment, il regorge d’une incroyable envie de créer et d’expérimenter. Quand une idée lui vient, l’envie d’en découdre l’envahit, pour ne disparaître qu’à la fin du morceau. « Quand je crée, la journée passe en un claquement de doigt, la créativité est comme un muscle : il faut l’entraîner, le faire travailler ». Peut-être un héritage de ce mois passé chez ses grands-parents…

Il concède facilement « vouloir tout faire lui-même » et avoir du mal à déléguer ou à partager son travail pour récolter des avis, souvent « improductifs ». Basile veut tout, immédiatement! Tout essayer tout de suite pour pouvoir passer à autre chose. Si ce n’est pas maintenant, ça sera trop tard. Une impatience habitée par sa musique, une impatience qui fait vivre ce « sanctuaire sacré » dont les portes sont encore difficilement pénétrables.

Un ego débordant, nullement agressif, juste protecteur, pour celui qui considère jouer sa vie avec sa musique.

 

 

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L’alter ego

 

D’abord timide, il ne se livre qu’en petit comité, le public assis sagement au coin du lit au détour d’une chambre d’hôtel branché. Cette proximité le rassure, tisse lentement son lien avec le public, construit son assurance.

Puis vient le moment d’alterner, de se lancer et de booster cet ego. Son personnage de scène prend de l’assurance, malgré sa désinvolture apparente de mafieux italien en chemise mi-fleurs mi-motifs de fond d’écran Windows 95, son alter ego est bienveillant et lui transmet la confiance nécessaire pour rentrer en transe une fois sur scène.

Basile a très vite compris qu’il pouvait tirer beaucoup du cirque, qui comme la musique est un spectacle vivant. Il veut tout de suite partager quelque chose avec lui, se livrer, se découvrir et offrir son idéologie avec son public. D’abord trop bavard et pas suffisamment spontané, « je préparais mes textes et mes blagues en avance ». Leçon apprise, Basile sera dorénavant plus naturel, en rapport direct et à la recherche du show.

Sans cesse initiateur et tout autant perfectionniste. Basile a récemment remis tous ses morceaux à plat pour les adapter à sa nouvelle vision du live. Il est désormais debout sur une scène et non plus assis dans une chambre d’hôtel. Il a retravaillé, décomposé puis recomposé tous ces morceaux pour que la performance live soit optimale.

Cette remise à plat a donné à Basile de nouvelles idées, un nouveau tiroir sur lequel se pencher : la lumière. Elle est la source de toute son inspiration et si précieuse à son approche visuelle de la musique. Mais l’offre proposée par les salles de concert est trop crue, repoussante et redondante. Il la compare à cette lumière néon très présente en Italie et en Espagne. Si agressive qu’elle rend tout laid et fait fuir les gens de chez eux.

 

 

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Avec Basile, tout est une histoire de double-fond, de tiroirs qui ne cessent de s’ouvrir. J’espère que nous retrouverons bientôt le nouvel EP/album dans l’un de nos tiroirs. D’ici là, continuons de rêver.

 


 

Soundcloud officiel

 

Venez découvrir ou redécouvrir Basile Di Manski en concert samedi 26 novembre au Badaboum.
https://www.facebook.com/events/637493066422825/