Interview LUTĒCE : le duo RAP qu’on attendait

À l'occasion de la sortie du premier EP LAPSE de LUTECE

LMC : salut les gars, est-ce que vous pouvez vous présenter rapidement ?

Ian : moi c’est Ian, j’ai 23 ans et je suis la moitié de LUTĒCE. En dehors de ça je fais principalement de la vidéo, de la prod et du studio. L’EP qui va sortir va être le premier vrai truc important de notre histoire en tant que duo RAP et de mon histoire en tant que rappeur producteur.

Marty : moi c’est Marty, rappeur avec quelques tendances R’n’B. Je fais pas de vidéo mais mon projet principal est aussi LUTĒCE. Ça fait 2 ans qu’on fait ça à fond. On a commencé à sortir des projets en début d’année dernière.  On sort un EP de 5 titres le 24 octobre prochain qui s’appelle “LAPSE EP” et on va faire une release avec Surl le 20 octobre.

LMC : qui écrit les textes ?

Marty : on écrit tous les deux nos propres textes.

Ian : on croise parfois notre écriture pour les refrains, mais chacun s’occupe de ses couplets.

Marty : on est un groupe de RAP lyonnais sans se revendiquer spécialement de Lyon. L’idée c’est tout simplement de faire de la musique avec le moins de barrière possible, même si on a des grandes influences Hip/Hop. Ian par exemple est très motivé par le rap américain, moi un peu moins. Mais l’artiste sur lequel on se rejoint c’est Kanye West car on kiffe son côté créatif. La base de notre duo c’est le Hip/Hop, mais notre crédo c’est avant tout la création au sens large.

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Marty

LMC : vous vous êtes mis comment au RAP ?

Ian : en fait on s’est rencontré en étudiant l’Art. Un jour on a parlé après les cours, je lui ai dis que je faisais des instrus. Du coup il est venu dans mon 9m2 et il a écrit son premier texte de sur une prod que j’avais faite, la première fois qu’on s’est vu.

Marty : oui c’était vraiment pas prévu. Moi je faisais de la musique depuis longtemps. J’avais envie de recommencer à faire du son et ça c’est fait assez naturellement. En fait dans tout ce qu’on réalise, il n’y a rien de calculé.

LMC : le RAP c’est quand même un domaine assez particulier, vous vous êtes entrainé avant de vous lancer publiquement ?

Marty :  oui carrément. Si je te fais écouter les sons du début c’était pas la même !

Ian : Ceci dit, Marty avait quand même une grosse culture RAP.

Marty : oui c’est quelque chose que j’écoutais depuis tout petit mais je n’avais jamais vraiment pensé à en faire. Le fait que le RAP se soit un peu plus démocratisé ces dernières années a permis à beaucoup d’artistes actuels de franchir le pas.

LMC : Que pensez-vous justement de la scène RAP actuelle ? PNL, Nekfeu, MHD… Comment vous vous situez par rapport à ça ?

Ian : les gens trouvent forcément des filiations avec d’autres artistes dans notre musique parce que c’est du RAP francophone avec une base de trap. PNL a le côté street, Nekfeu a le côté très parisien old school… Mais après j’ai l’impression que l’on essaie d’avoir une portée un peu plus universelle, sans prétention.

Marty : oui même dans nos choix de titres on essaie d’avoir des idées les plus intemporelles possibles. Après tu es obligé de cataloguer un artiste si tu veux le caser dans un genre. C’est vrai qu’il y a de la TRAP dans notre musique, il y a du chant avec de l’auto-tune, donc le raccourci peut être vite fait.
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LMC : et qu’est-ce que vous écoutez en ce moment en RAP ?

Marty : moi j’arrive plus rien à écouter, rien du tout. Je me suis sevré de RAP pendant ces vacances. Tous les étés on évite de faire de la musique pour revenir ressourcés. Mais quand je suis revenu et que j’ai allumé la radio, franchement j’ai eu du mal. Je kiffe mais je trouve que ça ne se renouvelle pas. Après il y a toujours des artistes qui sortent du jeu, c’est évident.

Ian : j’écoute pas trop de son en ce moment. J’ai surtout kiffé tout le mouvement Atlanta TRAP/DRILL qui a apporté un souffle nouveau dans cette musique. Tout ce qui a cassé le côté old school pour s’approcher de quelque chose de plus minimaliste, c’est vraiment ce qui m’inspire.

Marty : en venant j’ai laissé tourner mon soundcloud dans la caisse et c’est hallucinant comme les codes sont les mêmes pour tout le monde. Je pense qu’on peut être dedans aussi, mais on aimerait vraiment sortir de ça et c’est quelque chose qu’on a essayé de faire avec notre EP. Je trouve ça dommage qu’en France on n’ait pas de Kanye, de Frank Ocean. Je rêverais de faire quelque chose comme eux.

Ian : ouais en fait tu rêverais d’être un génie… [rires]

LMC : qui est l’artiste que vous écoutez en secret et dont vous avez un peu honte ?

Marty : Julien Doré, Sébastien Tellier… Mais je crois que le pire dossier c’est Christine and the Queen.

Ian : moi j’aime ce que fait Soulja Boy en ce moment. Je sais pas pourquoi, je bloque dessus alors que c’est une copie de tout.

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Marty et Ian

LMC : je sais qu’on vous l’a posé plein de fois, mais pourquoi LUTĒCE ?

Marty : c’est plus une esthétique. Quand on cherchait un nom de groupe, on cherchait un nom beau car notre projet s’articule autour de la symbolique et de l’esthétique. Les titres des chansons sont souvent composés d’un seul mot qui évoque un concept. LUTĒCE c’est la même chose, ça nous faisait penser à quelque chose de hiératique, d’épique.

Ian : on aimait l’idée que ça fasse penser à la beauté classique, à quelque chose d’ancien.

Marty : la barre sur le “e” s’appelle un macron, c’est l’accent des cancres qui ne savent pas s’ils doivent mettre un accent aiguë ou un accent grave. On trouvait ça cool. Tout le monde nous a demandé pourquoi LUTĒCE alors que l’on vient de Lyon, mais c’est pas quelque chose que l’on revendique.

LMC : j’ai remarqué que vos textes parlaient souvent d’évasion, qu’est-ce que ça symbolise pour vous ?

Marty : en fait c’est plus une envie de s’évader du monde réel. Moi je suis quelqu’un de blasé de tout. Je suis parti cet été avec des potes et j’étais le seul blasé. Je n’arrive pas à m’émerveiller des choses et du coup j’ai cette volonté là de me dire qu’un jour j’arriverai à partir loin, à m’émerveiller.

Ian : c’est quelque chose qui est très flou, très imagé mais que l’on ressent vraiment. On ne triche jamais, on parle de ce qu’on vit. J’arrive pas à écrire quand j’ai pas le feeling, je peux pas mentir.

Marty : on ne va pas parler de flingue parce qu’on en a pas, on ne va pas parler de prison parce qu’on n’y est jamais allé…

Ian : ça rejoint la volonté de faire une musique universelle. Ce n’est ni plus ni moins que du vécu de jeunes qui vivent dans notre époque.

LMC : vous écrivez vos textes avant ou après la prod ?

Marty : la plupart du temps après.

Ian : oui parce qu’on chante aussi, donc on a besoin d’avoir la prod en amont.

LMC : comment vous avez rencontré King Doudou ?

Marty : c’était lors d’une soirée avec Lex Luger. Moi je savais pas du tout qui c’était à la base. Il m’a dit qu’il faisait des instrus et m’a fait écouter 2-3 trucs. J’ai pris son téléphone, j’ai liké LUTĒCE discrètement [rires…et je lui ai proposé de faire une collab. On s’est revu quelques semaines plus tard lors d’un concert au Ninkasi. On est rentré en bagnole avec lui, on en a reparlé et de là est sorti Nulle Part. C’était le premier morceau que l’on a sorti en semble, qui a plutôt bien marché. Du coup on a réitéré l’expérience et on a sorti Virage, qui a été diffusé sur l’abcdr. La mayonnaise commençait à prendre du coup on s’est chauffé pour faire un EP.

LMC : quels sont les endroits que vous kiffez à Lyon ?

Ian : la Broche.

Marty : tu connais la Broche ? C’est une espèce de Kebab tenu part des babtous, je fais chier tout le monde avec ça. [rires]
Plus sérieusement c’est surtout les soirées RATCHET LAB, beaucoup de soirées maison dans notre studio et la Maison Mère. Je vais souvent aux soirées Kiblind aussi car un de mes potes est l’illustrateur Simon Bournel qui a notamment fait la couverture de mon Single Seuls.

LMC : quels sont les autres domaines artistiques que vous kiffez ?

Ian : je produis pas mal de vidéos dont celles pour LUTĒCE. Je m’intéresse au cinéma. Je kiffe pas mal les saga type Star Wars. Je kiffe la peinture aussi, ma mère tient une école de dessins.

Marty : moi je suis un fan de Nolan.

LMC : vous vous verriez faire des sappes comme Kanye West ?

Marty : pourquoi pas ! Mais c’est pas donné à tout le monde. Après l’esprit de LUTĒCE étant vraiment la création au sens large, on ne sais jamais.

LMC : qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour cette année ?

Marty : de tourner comme des bons artistes, faire beaucoup de concerts, des festivals. On est en plein dedans pour construire quelque chose de solide pour l’année prochaine.

Ian : les médias commencent à s’intéresser à nous, on veut développer encore plus ça. Après Inrocks, l’abcdr, Surl, Kiblind, vous, on veut toucher encore plus de monde et se faire connaitre.

LMC : pour terminer, avec quel artiste aimeriez-vous faire un feat ?

Marty : on essaie d’éviter les feats pour ne pas trop être affilié à un autre artiste. On l’a fait avec Hyacinthe mais on fait vraiment attention à ça. Après pourquoi pas une collaboration qui casserait vraiment les codes… C’est ce genre de truc qu’on veut amener…

LMC : merci les gars et on vous souhaite le meilleur pour cet EP et pour 2017 !

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Soundcloud LUTĒCE : https://soundcloud.com/lutecemusique
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PHOTOS : Diane Moyssan – ladianahi.com