The Growlers: voix de fer dans costume de velours

Entretien avec le groupe californien à la bonne humeur plus que contagieuse

On l’a séquestré dans notre Van

Depuis leur formation en 2006 à Dana Point en Californie, les Growlers ont donné naissance à cinq albums. Les quatre premiers s’affirmaient dans un style garage surf, batterie et son lo-fi à l’appui. Avec leur nouvel opus, City Club, sorti sans bruit en septembre 2016, les Growlers changent leur fusil d’épaule. Ils s’éloignent du son garage qu’on leur connaissait, distance déjà amorcée dans leur album Chinese Fountain. Cependant, si dans ce dernier on pouvait continuer à entendre des parties de batterie décousues, les rythmiques du nouvel album sont bien plus binaires. Et pour cause, City Club est signé sous le label Cult Record, à la tête duquel se trouve l’ancien leader des Strokes, Julian Casablancas. « On avait 50 ou 60 chansons aussi finies que possibles. Lorsqu’on est entré en studio avec lui, il a clairement pointé qu’il y avait une bonne mélodie ici, un truc à essayer avec le micro là, … Julian est une machine à mélodie. A la fin on s ’est demandé « mais putain qu’est-ce qui s’est passé ? » et on a adoré ce qu’on entendait. On avait confiance en lui, on avait du respect pour son travail et on pense qu’on a fait une super collaboration ».

 

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Si Sean Lennon leur a fait de l’œil pour gérer leur enregistrement, les beaux instruments qu’il proposait de mettre à leur disposition ne font pas le poids face à l’ex leader des Strokes que Matt a mis tout en haut de la liste de producteurs avec qui il aimerait bosser. « On l’a croisé alors qu’il marchait dans la rue. On l’a séquestré dans notre Van, on lui a fait écouter notre démo et on lui a dit « mec il faut que tu nous produises ! » et puis ça s’est fait ». L’ancien Strokes s’est donc mis aux manettes du nouvel album des Growlers, une expérience qui a laissé des marques. « Il est assez timide en temps normal. Et puis lorsqu’il commence à faire de la musique il s’en fout complètement. Il test des trucs en chantant comme une enfant. Et finalement ça sonne bien, même si c’est super strange ! ».

 

 « Let’s make orgy ! »

Les membres des Growlers sont des vétérans de la teuf. Brooks, le chanteur à la voix éraillée de celui qui a commencé à fumer à 12 ans, et ses compères ont ça dans le sang. C’est donc tout naturellement qu’ils ont monté le cadre parfait pour teuffer, le Beach Goth festival. La Californie s’est avérée être le lieu parfait pour monter un festival et la conjoncture était alors idéal. Au cours de la première décennie des années 2000 le phénomène « Burger Records » était en plein boom et un grand nombre de groupes de garage se sont formé en Californie. Pour canaliser leurs potes qui cherchaient un nouvel endroit où se réunir, les Growlers ont commencé à escamoter ce projet. Ils ont réuni les groupes de garages qui pullulaient dans leur entourage et ont donné lieu à la première édition du Beach Goth festival en 2012.

 

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En à peine 5 ans d’existence, le festival a fait un bout de chemin. Pour l’édition d’octobre 2016 on pouvait voir les noms de groupes tels que Bon Iver, King Krule, Patti Spith, Justice ou encore Nicoals Jaar. Mais également celui de La Femme, l’un des seuls groupes français que les compères écoutent et qu’ils ont eu l’occasion de rencontrer. « (Matt) On était dans un bar en Australie et un gars vient vers moi avec une gigantesque capote sur la tête et me dit « hey let’s have party, let’s make orgy ! ». Ce mec c’était Sacha (Got) de La Femme ».

 

Héritiers des « clochards célestes » ?

Dans leurs chansons, les Growlers font l’éloge de la drogue, douce dans « Drinking the Juice Blues », dure dans « Acide rain », de l’amour dans « One million lovers » ou bien des voyages dans le titre « Stranger Road’s». Autant de « centres d’intérêt » qu’ils partagent avec feu Jack Kerouack, porte étendard de la Beat Generation. Enfoncé dans son canapé, fatigué de la route qu’il a parcourue, cigarette à la bouche, la différence entre Neal Cassidy, personnage central du roman « Sur la Route » rédigé par Kerouack, et Brooks nous semble fine.  Les « junkie dream » évoqués dans la chanson « Melancolia » ne seraient pas l’état dans lesquels les Beats cherchaient à se plonger en construisant la Dreamachine dans leur hôtel parisien du 9 Rue Gît-le-Cœur? Si le paysage que dépeint dans la chanson « Tijuana » est noir, l’évocation de la ville fait écho au refuge que les beats y trouvent. Leur rapport avec le Mexique, leur appétence pour la vie passée sur la route, pour la fête … Tout concorde. Vraiment tout ?

 

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Alors que Ginsberg prît ostensiblement position contre la guerre du Vietnam et contre la politique américaine en général avec ses idées libertaires, les Growlers préfèrent garder leurs distances avec le sujet, malgré la récente arrivée au pouvoir du 45ème président des Etats-Unis. « On reste éloigné de tout ça. Est-ce que je me sens concerné ? Oui, évidemment. Est-ce qu’on a envie d’en parler ? Pas du tout. On fait avant tout des chansons pour rendre les gens heureux ». Pour se faire ils s’attacheront à raconter des histoires, sur absolument tout. « Un jour je me suis mis à écrire une chanson à propos d’un livre. Et je me suis dit « merde, je peux écrire à propos de n’importe quoi ! ». Peu importe que Dylan ait reçu un prix Nobel, les Growlers continueront à écrire des chansons légères, pour rendre les jours moins gris.

Pour profiter de ces ondes de bonne humeur, on se donne rendez-vous devant la scène des Growlers pour l’édition 2017 du Beach Goth festival !

Cheers,