Réflexion autour du langage : exposition “Babylone” au Centre d’Arts Plastiques de Saint-Fons

BABYLONE, Camille Bondon, Erik Bullot, Valery Chtak, Dora Garci, Valère Novarina, Charles Pennequin, Dominique Petitgand, Mladen Stilinović. Du 4 février au 25 mars 2017.

En ce moment et jusqu’au 25 mars le CAP – Centre d’Arts Plastiques de Saint-Fons – présente « Babylone », une exposition collective conçue par Nicolas Audureau, directeur du centre d’art. Polyphonique, « Babylone » met en dialogue des œuvres dont l’une semble faire écho à l’autre. Elle réunit des travaux de huit artistes, utilisant tous différents moyens d’expression.

Le visiteur peut ainsi déambuler librement dans un espace ouvert. En entrant, on perçoit rapidement une voix enregistrée. En boucle, des récits quotidiens s’alternent à de longs silences dans l’installation sonore Le bout de la langue de Dominique Petitgand. Aussi minutieux que spontané, cet enregistrement immerge le visiteur-écouteur dans un environnement où ces constructions de sensations, initialement étranges, produisent des altérations toujours différentes et subjectives.

Conçue comme un exercice de parole et produite par le CAP pour cette exposition, Une histoire des histoiresL’histoire de Luiz Gasparetto de Camille Bondon est réalisée à partir d’un texte de Charlotte Guillier. Sept pages dispersées dans l’espace d’exposition, disponibles au public, proviennent d’une même histoire, racontée par plusieurs émetteurs et restituée plusieurs fois par différents rapporteurs. Le résultat étant la reformulation d’une nouvelle histoire, métaphore du langage, de la communication, et d’une transmission parfois ardue et périlleuse.

 

De quelle manière un même discours est-il mis en scène dans des lieux, des contextes, des langues et cultures différentes, tout en devant restituer le même sens ?
Parmi les œuvres présentées dans l’exposition, Dora Garcia expose sur une table Letters to Other Planet, la traduction du communiqué de presse de l’exposition traduit en douze langues étrangères. Comme dans la plupart de ses travaux, Dora Garcia mène une enquête sur la notion de communication interculturelle. Plus précisément, cet artiste ne restreint pas la traduction à un phénomène purement linguistique. Les éléments culturels peuvent être encore plus importants dans la traduction.
On essayera alors de dire presque la même chose(1), en employant des mots différents et ceci précisément parce que le contexte n’est plus le même.

Le documentaire La Révolution de l’alphabet, réalisé par Erik Bullot questionne également la langue comme facteur d’identité culturelle et de mémoire collective. Présenté dans une salle et divisé en douze chapitres, il examine l’impact de l’élimination rapide de l’alphabet turc ottoman en Turquie en 1928.

« Le mot est le signe idéologique par excellence, il enregistre les moindres variations sociales »(2).
En accord avec le philosophe et théoricien russe Mikhaïl Bakhtine, le langage occupe une place centrale dans le travail polymorphe de Mladen Stilinovic. Dans une démarche politique, parfois ironique, parfois paradoxal, il critique le rôle de l’argent et du travail dans notre société, le langage des politiciens et le réseau artistique contemporain. Affiché comme un slogan, An artist who cannot speak English is no Artist donne un commentaire décisif sur un monde de l’art superficiellement global et de ses systèmes de communication.

Poétique, Valère Novarina invoque les mots et explore le langage dans le théâtre mais aussi dans son œuvre picturale. Ici, un extrait de Observez les logaèdres (Paris, Editions POL 2014) est affiché sur un des murs de l’exposition. Visuelle et sonore, la poésie est partout selon Charles Pennequin. Mêlant écriture, déclamation, performance (souvent criée) et improvisation, il présente dans « Babylone » une série de vidéos homemade diffusés sur un écran.

A travers des vidéos, des installations sonores ou encore des textes et des slogans, « Babylone » s’intéresse donc au langage comme instrument de travail, source d’inspiration, moyen de traduire des mondes. Pour découvrir la totalité des travaux présentés, rendez-vous au CAP Saint-Fons jusqu’au 25 mars. Une exposition à voir, à lire, à écouter.

(1) Umberto Eco, Dire presque la même chose. Expériences de traduction, Paris, Grasset, 2007. Sur la notion capitale de la fidélité au texte original, il nous apprend que la traduction n’est pas la reprise du mot à mot mais du monde à monde. Le traducteur doit ouvrir le même monde que l’auteur, avec des mots différents et donc être fidèle à l’esprit de l’oeuvre.

(2) Mikhaïl Bakhtine, Le marxisme et la philosophie du langage, Paris, Éditions de Minuit, 1977, p.15

 

Prochain rendez-vous au CAP Saint-Fons :

samedi 11 mars – 15h Performances de Camille Bondon et Dominique Petitgand


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